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Le collège Stan a 70 ans!

 

Le mot de la présidente

 

2008 aura été l’année des 70 ans de la création du Collège Stanislas à Montréal qui a ouvert ses portes à la rentrée de 1938. Cet anniversaire vient d‘être célébré le lundi 9 février 2009 au cours d’une réception qui s’est tenue dans le grand gymnase. Y étaient conviés et présents de nombreux  anciens élèves et professeurs, les membres de l’administration, de la Direction et de la Corporation, le président de la Fondation de Stanislas, les représentants des parents élus au bureau de l’ApecsM, les représentants des élèves. À noter également la participation des consuls généraux de France à Québec, François Alabrune et à Montréal, Pierre Robion, du conseiller de coopération et d’action culturelle au Consulat général de France de Québec, Stéphane Catta, du député et ministre, Raymond Bachand, de la ministre Kathleen Weil, de la mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars…  Plus de 320 convives dans une ambiance chaleureuse. Saluons l’efficacité du directeur général adjoint, Philippe Warin, du directeur financier, Hervé Tison et de leurs équipes, ainsi que les commanditaires et tous ceux qui ont contribué à l’organisation impeccable de la soirée.

            Beaucoup de discours se sont succédé pour vanter la belle réussite du Collège Stanislas.  Le proviseur, Henri-Laurent Brusa, a lu une lettre de félicitation de la directrice de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger, Anne-Marie Descotes, tandis que Michel Gaucher, le président de la corporation, et lui-même ancien étudiant à Stan, nous a raconté son expérience de tout jeune élève dans les années 50. Ce discours retrace également l’origine de la création du collège et le dessein des hommes qui y ont contribué. Il nous a semblé assez savoureux pour être retranscrit ici dans son intégralité en page 3. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que nous en avons eu à l’écouter.

Un peu long, je vous l’accorde, mais on n’a pas tous les jours 70 ans;-)

            Que cela ne vous empêche pas de dévorer le reste de votre InfoStan…                             MP

 

LE DISCOURS ''OFFICIEL'':

 

Stan a 70 ans et j’avoue qu’à la lecture du livre de Jeanette et Guy Boulizon sur la création et les premiers 15 ans de Stan, il est miraculeux que nous soyons ici pour en parler. D’abord voyons le contexte du Québec de 1938. En matière d’éducation, les collèges classiques et la Faculté des Beaux Arts sont totalement contrôlés par le clergé et diverses congrégations catholiques. Le peuple québécois est perçu comme conservateur, traditionaliste, à vocation rurale, accueillant et chaleureux. La France post révolutionnaire républicaine qui a nationalisé les biens de l’église et laïcisé l’éducation, n’a certes pas « odeur de sainteté » parmi notre clergé.  Voltaire est à l’index!

         Mais les premiers vents de libéralisme se font sentir. Le frère Marie Victorin propose une nouvelle pédagogie scientifique et on donnait en exemple Henri Prat, chercheur qui avait conservé le goût de l’humanisme. Et c’est le sénateur Raoul Dandurand, en 1938, leader du Sénat, ministre d’État, Président à Genève de la Société des Nations, membre à Paris de l’Académie des sciences morales et politiques, et Grand Officier de la Légion d’Honneur, qui fut le parrain, le père fondateur, le personnage ‘titulaire’, et sans qui l’idée même de Stanislas n’aurait pas surgi. Et c’est lui qui alla chercher au collège Stanislas à Paris, les ressources pédagogiques qu’il recherchait. Il leur demandait de «…créer une fenêtre ouverte sur l’ailleurs; … d’accepter de vous remettre sans cesse en question, car pour les parents, Stanislas serai un choix à renouveler à chaque année ou à refuser.  Et il leur disait : Vous n’avez plus affaire à de petits parisiens, donc, adaptez, révisez vos méthodes, observez nos enfants, parlez-leur et étudiez bien le nouveau milieu Montréalais.  Vous êtes tous très compétents, ce n’est pas le problème, mais allez-vous vous faire comprendre? Pas de sévérité, pas de terrorisme pédagogique, pas de  « strap », comme on en trouve chez certains de nos frères enseignants, mais en même temps, guerre à la facilité.   Exigez donc… mais dans l’amitié. »

         Et voici qu’une équipe de 7 pédagogues formée notamment du couple Boulizon et d’André Champoux qui enseignera pendant des décennies, se prépare à recevoir 25 élèves à la rentrée.  Le problème c’est qu’il y en a 110. Or, à la messe de rentrée, bondée à l’Église Ste-Madeleine, Mrg Méjécaze, directeur de Stanislas à Paris dira ceci aux parents d’élèves, et aux élèves : « Nous ne venons pas ici en impérialistes….on vous aime déjà beaucoup…nous exalterons en vos enfants l’amour du Québec, de la patrie…  Nous les suivrons, s’ils le veulent, jusqu’aux portes de l’université.  Entourez vos professeurs, ils viennent de loin…ils ont quitté leur famille…  Vous les élèves, soyez pour eux de vrais fils. »

         Je suis arrivé à Stanislas en 1952, en 7e, tout droit de chez les sœurs de l’Immaculée Conception, rue  Darlington.  J’y étais le chouchou de la classe, connaissait mon catéchisme par cœur, récitait les poèmes des bons enfants, appris à prononcer ba be bi bo bu, et le seul bruit de la claquette de Sœur Saint Martin de Tours me gelait d’effroi.  Nous avions aussi un uniforme, pressé, chemise blanche, etc.  Ma mère se disait existentialiste et non pratiquante, et après avoir entendu une conférence donnée par un prof de Stan à la Société d’Études et de Conférences, avait décidé de me sauver de l’enfer clérical.  Le jour de la rentrée, je suis entouré de gens qui parlent pour beaucoup un français pointu, d’autres que je ne comprends pas et qui me regardent comme un hérisson dans un poulailler.  Entrés en classe, un homme, grand, athlétique, et qui nous place.  Je n’ai jamais vu ça.  Nous sommes à peine assis, que le prof prend une craie et la lance vers le fonds de la classe, sur le mur!  « Sergent, taisez-vous! »  Et ce fut mon épiphanie.  Le voile déchiré.  Et comme je voulais qu’il m’aime, ce prof, et vite!  Nous sommes devenus complices pour la vie.  C’était Roland Boutaric.  Et Sergent passa son année!

         J’ai eu bien d’autres complices par la suite, les Remiac, Lescop, Leroux-Dhorven, Champroux, Cohadon, Rey, Ricour et Le San.  Ils nous aimaient tous, mais à leur façon. Tous inoubliables, tous de grands hommes.

         À 70 ans de cette première messe du 1938, qu’en est est-il des exhortations du Sénateur Dandurand et de l’Abbé Méjécaze?  Qu’en est-il de la mission éducative et de sa pertinence dans un monde tellement changé et méconnaissable?  Sommes-nous toujours une fenêtre ouverte sur l’ailleurs, sommes nous exigeants…mais dans l’amitié? Les parents reviennent-ils d’année en année, nous aime-t-on? Combattons-nous la facilité, mais sans faire de terrorisme pédagogique? Sommes-nous, somme toute, assez harmonieusement différents, que nous puissions contribuer à notre façon, à un Québec que nous aimons, et qui nous le rend?

         Et au travers des multiples reformes du Québec en matière d’éducation, avons-nous su maintenir un apport qui seul justifiait notre présence ici?  Que disent nos finissants de leurs années à Stanislas et les universités de nos bacheliers?  La réponse est que les uns en grand nombre nous envoient leurs enfants et que les autres ouvrent leurs facultés à nos gradués en nombre grandissant, faisant confiance à l’honnêteté de nos méthodes. 

         Nous avions une certaine distance vis à vis des remous soulevés par les bouleversements d’un système pédagogique qui devait s’imposer des choix difficiles dans les années 60.  La constance de notre  système éducatif fondé sur un tronc commun mais à géométrie variable et s’enrichissant de compléments québécois, s’est fait rassurante de par sa tradition, et novatrice de par son ouverture. 

Stanislas est devenu un établissement important, avec ses 2481 élèves à Montréal et Québec.  De ce nombre, plus de 1800 participent quotidiennement à des activités du service à la vie étudiante.  Environ 950 participent à des activités sportives et 800 à des activités culturelles.

Pour avoir bien examiné les coutumes du Québec, 600 de nos élèves au primaire apprennent le patin et le hockey de façon obligatoire.  Ce qui n’empêche pas certaines équipes de France de venir nous battre.

         Mais ce qui est beaucoup plus important est que la demande pour Stan, au niveau de la maternelle est le double de notre capacité physique, que la demande à l’entrée en 6e demeure insatisfaite et que plus de 70% de nos étudiants au secondaire choisissent de terminer leurs études à Stanislas.  Nos équipements physiques ne peuvent satisfaire à cette demande grandissante.

         Et voilà que cette année, c’est le Québec qui est au rendez-vous de la réponse que cherche le Sénateur Dandurand.  Le Québec qui depuis longtemps subventionne notre secondaire, s’engage maintenant à subventionner notre primaire progressivement d’année en année, soit plus de 900 élèves.  C’est la reconnaissance totale et définitive et un appui magistral.  Cela signifie que nos frais de scolarité du primaire seront réduits de 40% à Montréal et que les revenus du collège augmenteront progressivement.  Les subventions du Québec passent de 6 à 10 millions annuellement.  Les nouveaux revenus nets de près de 1.5 millions annuellement dans 5 ans serviront à compléter les équipements physiques et à rénover des installations devenues vétustes.

         La France s’engage de son côté à maintenir son aide au niveau actuel, alors que d’importantes contraintes budgétaires s’imposent ailleurs.  La France réitère ainsi son engagement à maintenir cette fenêtre ouverte au Québec. Le Québec réaffirme ainsi le droit à Stanislas de dispenser un enseignement selon les programmes français, et reconnait les examens français. Mais la France accepte que les élèves reçoivent en plus des programmes français des cours complémentaires Québécois, leur permettant ainsi à la fin de chaque cycle de retourner dans le système québécois.

Vous, les professeurs de Stanislas, vous les membres de la direction, vous les anciens et amis de Stanislas, et les parents d’élèves, et vous les membres de la Corporation et du conseil d’administration, avez accepté de vous remettre sans cesse en question.

Et vous, Monsieur le Ministre, avez réaffirmé l’accueil que nous réservaient il y a 70 ans, les créateurs de Stanislas.

Et c’est ainsi, mon cher Sénateur, que la question doit et devra demeurer ouverte, jamais satisfaite et ni facile, ni rassurante, car vous l’avez bien dit :

Acceptez de vous remettre sans cesse en question.

 

Michel Gaucher, Président de la Corporation du Collège Stanislas, 9 février 2009

 

 

 

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